MuMa, Le Havre
Voyages d'hiver
Regard sur les collections du MuMa Jusqu'au 18 avril 2021 

Date d'ouverture selon annonces gouvernementales

Avec Voyages d’hiver, le MuMa est heureux de dévoiler quatre nouvelles œuvres de Dufy, Marquet, Renoir et Guilloux qui ont rejoint cette année le fonds du musée grâce à la générosité exceptionnelle de donateurs privés. L’exposition, qui se déploie sur l’ensemble du rez-de-chaussée du musée, réunit une soixantaine d’œuvres de ses collections, connues ou moins connues, dans un parcours qui se joue de la chronologie ou des techniques utilisées, pour laisser libre cours à la sensibilité, à la poésie et au dialogue. Une balade en collections comme une invitation au voyage cet hiver.

 

Voyages dHiver2

Jacqueline Salmon
Ciel bleu avec Boudin, 2016
Photographie couleur épreuve pigmentaire sur papier (1/5) prolongation par une photographie faite en Normandie d’un paysage au pastel d’Eugène Boudin : Nuages blancs, ciel bleu,
vers 1854-1859, 40 x 50 cm, musée Eugène Boudin, Honfleur / Don de l’artiste, 2016 / Le Havre, musée d’art moderne
André Malraux
© MuMa Le Havre / Jacqueline Salmon / Musée Eugène Boudin Honfleur

 

En 2020, quatre dons enrichissent le fonds du MuMa

6Voyages dHiverRaoul Dufy
Le Clocher de l’église d’Harfleur, vers 1901-1903
Huile sur toile, 80 x 68. Don d’Emmanuel, Antoine et Jean-Marie Guian en hommage
à leurs parents Dominique et Marie-José, 2020. Le Havre, musée d’art moderne André Malraux
© MuMa Le Havre / Charles Maslard © ADAGP, Paris 2020

Raoul Dufy (1877-1953)
Le Clocher de l’église d’Harfleur, vers 1901-1903
Grâce à la générosité des fils de Mr et Mme Dominique Guian, le MuMa voit ses collections s’enrichir d’une nouvelle œuvre de Raoul Dufy, venant apporter au fonds déjà fort de 129 numéros, un éclairage passionnant sur les débuts de l’artiste. Dominique et Marie-José Guian furent des collectionneurs discrets, attachés à la ville du Havre et à son musée, qu’ils aidèrent à titre personnel en apportant leur soutien financier, en 2014, à l’exposition Nicolas de Staël. Lumières du Nord, lumières du Sud. Ils avaient fait l’acquisition de la toile de Dufy, Le Clocher de l’église d’Harfleur lors d’une vente publique au Havre en 2006. Celle-ci rejoint donc aujourd’hui le fonds dont la veuve de l’artiste, Emilienne Dufy, avait permis la création, grâce à son legs consenti en 1963.
La collection Dufy s’est progressivement enrichie au cours des années, de dons, d’acquisitions et elle est à cette heure, la deuxième plus importante collection au niveau international après le Musée national d’art moderne - Centre Georges Pompidou.
Dufy lui-même avait contribué à jeter les bases de ce fonds destiné à s’accroître, en donnant, en 1900, quatre aquarelles dont l’une intitulée Harfleur, présente une grande similitude avec  Le Clocher de l’église  d’Harfleur.  À cette date, le jeune peintre fait ses premiers pas sur la scène artistique, exposant d’abord au Havre (Société des Amis des Arts, 1899) avant de se présenter au Salon des artistes français à Paris en 1901.
Formé à l’école municipale des beaux-arts, sous la direction de Charles Lhullier, Dufy commence sa carrière sous l’influence de l’impressionnisme, cherchant des solutions formelles qui lui permettent de restituer de manière illusionniste le caractère vibratoire de la lumière solaire. Mais au même moment, il expérimente avec des sujets à caractère social ou des scènes d’intérieur, une peinture plus sombre et réaliste d’une facture plus épaisse (Fin de journée au Havre, 1901, MuMa). Très vite cependant, Dufy ressent le besoin d’aller dans une autre direction et la rencontre, en 1905, avec l’œuvre de Matisse agit comme un révélateur, le libérant du « réalisme impressionniste » et lui faisant entrevoir « une nouvelle mécanique picturale »,
le fauvisme. Entre 1900 et 1905, Dufy cherche, expérimente. Ce sont des années marquées par des rencontres importantes et une grande activité où l’artiste s’invente.
Le Clocher de l’église d’Harfleur témoigne à bien des égards de cette verve créatrice. Le choix du sujet le rattache encore à la tradition romantique et à son intérêt pour le patrimoine médiéval et son goût pour le pittoresque. Ce point de vue sur l’église gothique de la petite cité normande est privilégié par de nombreux artistes (Turner le premier) pour le jeu de reflets qu’il autorise dans les eaux de la Lézarde qui traverse Harfleur avant de se jeter dans la Seine. Cet effet de miroitement et de dédoublement du paysage le rattache quant à lui à l’impressionnisme qui fit ses délices de ces effets particuliers des paysages aquatiques. Mais la vivacité des couleurs utilisées annonce déjà les recherches ultérieures qui mèneront Dufy, vers 1905-1906, à rejoindre les artistes fauves.
En 1901, Dufy expose Le Clocher d’Harfleur à la galerie de M. Beuzebosc au Havre. La critique qui paraît dans la presse locale (La Cloche illustrée) permet d’émettre l’hypothèse qu’il s’agit de notre tableau, ce qui le daterait donc de cette première année du XXe siècle. L’artiste exécute une autre version avec un cadrage plus resserré et dans un format plus modeste (coll.part.). On est enclin à reconnaître plutôt dans la toile présentée chez Beuzebosc notre tableau, à cause de sa taille plus grande (un format qu’on privilégiait dans une salle d’exposition pour faire plus d’effet!) et parce que la description qui en est faite correspond mieux. Si cette hypothèse se vérifiait, Le Clocher de l’église d’Harfleur viendrait rebattre les cartes de ce que l’on pensait du parcours artistique de Dufy, en positionnant de manière plus précoce ses recherches sur la lumière et la couleur.

 

 

 

Voyages dHiver1Albert Marquet,
Herblay. Automne. Le Remorqueur, 1919
Huile sur carton entoilé, 33 x 41 cm. Donation de la famille Siegfried, 2020, Le Havre, musée d’art moderne André Malraux
© MuMa Le Havre / Charles Maslard

Albert Marquet (1875-1947)
Herblay. Automne. Le remorqueur, 1919

Un an après avoir fait l’acquisition d’une œuvre fauve d’Albert Marquet, Le Havre, le bassin, grâce à l’aide d’un financement croisé public/privé, le MuMa se voit remettre, au nom de la famille Siegfried, une très belle toile plus tardive du même artiste, Herblay. Automne. Le remorqueur. Avec une discrétion toute élégante, Jean Siegfried, l’arrière-petit-fils de Jules Siegfried, qui fut maire du Havre de 1878 à 1886, a souhaité donner ce tableau dont il avait hérité, non pas en son nom propre, mais en celui de cette grande famille qui joua un rôle public de premier plan au Havre. Déjà en 1955, son père et son oncle avaient offert au musée un très beau portrait au pastel de Jules Siegfried exécuté par l’étonnant Lucien Lévy-Dhurmer. La présence de cette œuvre de Marquet dans la collection de la famille Siegfried confirme sans surprise son goût pour les choses de l’art, quand on sait que Jules Siegfried était l’oncle paternel de la femme d’Olivier Senn, grand amateur d’art moderne et fidèle admirateur d’Albert Marquet. C’est ainsi qu’Herblay rejoint au MuMa 8 peintures et 23 dessins ayant appartenu à ce collectionneur.
De manière générale, Marquet a trouvé au Havre un accueil bienveillant auprès de ces amateurs friands de nouveautés picturales. Proche de Raoul Dufy, Marquet le rejoint sur place en 1906 et peint à ses côtés pendant les premières semaines de l’été. Fasciné par les ambiances portuaires, l’artiste revient au Havre en 1911 et en 1934. Il s’arrête cette année-là suffisamment longtemps pour peindre, depuis le Grand Quai, sept œuvres dont l’une sera achetée par le musée l’année suivante.
Herblay. Automne. Le remorqueur témoigne de l’attachement que Marquet manifeste tout au long de sa vie pour les paysages traversés par la Seine. Marcelle, sa femme, disait qu’elle était « son fleuve… avec ses remorqueurs, ses chalands et ses barques ». Des quais de Paris au port du Havre, elle lui inspira de nombreuses œuvres.
En 1919, de retour de la Côte d’Azur où il s’était installé pour se soigner, Marquet réside à Herblay (à l’ouest de Paris) et, de juillet à novembre, peint, ainsi que dans les proches environs, près de 40 toiles.
Dans cette œuvre il se place sur les berges du fleuve, à proximité immédiate des flots pai- sibles. La grève s’efface laissant l’élément aquatique envahir la composition. Le paysage s’y reflète discrètement en miroir sur les côtés, conférant à l’ensemble une impression de vacuité transcendée par une matière légère posée en aplats et la délicatesse des tons. Comme suspendu entre ciel et eau, le remorqueur s’avance lentement dans une scène où tout semble immobile. Avec cette vision poétique et très épurée, presque elliptique du paysage, Marquet pousse à la limite de l’abstraction. 

 

 

Voyages dHiverPierre-Auguste Renoir
Tête d’enfant et pomme
Huile sur toile marouflée sur panneau de bois, 8 x 8 cm Don en 2020 de Madame Veuve Robert Boyez née Masana-Mas.
Le Havre, musée d’art moderne André Malraux © MuMa Le Havre / Charles Maslard

 

Pierre-Auguste Renoir (1841-1917)
Pierre-Auguste Renoir Tête d’enfant et pomme

Tête d’enfant et pomme est la 7e œuvre de Renoir à entrer dans les collections du MuMa, et comme les précédentes, par voie de don. Madame Veuve Robert Boyez née Masana- Mas, qui la donne au musée cette année, s’inscrit donc dans la lignée de Charles–Auguste Marande qui légua en 1936 L’Excursionniste, et d’Hélène Senn-Foulds qui donna en 2004 cinq œuvres de Renoir ayant appartenu à son grand-père, Olivier Senn, dont le Portrait de Nini Lopez, l’un des chefs-d’œuvre du MuMa.
Cette petite esquisse qui juxtapose de manière inattendue une pomme et un visage de fillette faisait partie à l’origine d’une toile de plus grandes dimensions que Renoir avait recouverte d’études peintes, essentiellement des fruits posés sur des nappes à côté de serviettes froissées et de deux petits portraits, celui de profil d’une jeune fille en blouse et un autre, à mi-corps, d’une femme nue accoudée, le regard fixé au loin.
Selon le peintre Albert André, ami de Renoir, l’artiste avait l’habitude de semer des  croquis à l’huile aux quatre coins de ses toiles. Il multipliait à l’envi de petites études sur un même support en vue d’une composition plus ambitieuse. « Ce travail lui [était] une sorte d’entraînement à l’œuvre définitive » rapporte son ami. Les sujets n’ont souvent que peu à voir entre eux, hormis d’avoir été pensés pour une même composition. Dès le vivant de l’artiste, nombre de ces toiles d’études furent découpées afin d’en faire des œuvres à part entière, comme c’est sans doute le cas pour notre tableautin. Renoir appréciait peu ces pratiques mercantiles, considérant qu’elles conféraient à ces esquisses un autre statut qu’il ne leur reconnaissait pas.
Cela n’enlève rien pourtant au charme de cette association – une pomme et une fillette aux joues rondes, tant elle révèle de tendresse pour le monde de l’enfance. Renoir partage cette empathie avec Mary Cassatt, Berthe Morisot ou Édouard Vuillard qui accordèrent une attention toute particulière aux enfants. Renoir exécuta de merveilleux portraits de ses fils, Pierre (né en 1885), Jean (né en 1894) et Claude, surnommé affectueusement Coco (né en 1901), dont il s’amusa à immortaliser les visages ronds, les joues pleines et roses de santé. Dans une scène de douce intimité domestique, l’artiste met en scène cette association pomme / visage d’enfant en représentant le petit Jean, joufflu à souhait, assis sur les genoux de sa nourrice, qui tend la main pour attraper le fruit, aussi rond que ses joues, qu’une fillette fait mine de croquer (L’Enfant à la pomme, ou Gabrielle, Jean Renoir et une fillette, vers 1895-1896, pastel, coll. Léone Cettolin - Dauberville).
Dans le fragment découpé, le rapprochement des sujets illustre de manière plus synthétique encore la comparaison affectueuse suggérée par l’artiste à la manière d’un rébus.
Cette petite toile rejoint dans les collections du MuMa une autre œuvre de Renoir ayant subi le même sort. Portrait de jeune fille lisant est à peine plus grand (14 x 12 cm) et le cadrage laisse apparaître autour de la figure de l’adolescente plongée dans sa lecture, trois amorces d’autres sujets que la découpe a escamotés. Olivier Senn qui l’avait acquis en 1938 avait, trois ans plus tôt, emporté aux enchères une de ces toiles couvertes d’esquisses peintes (Têtes, arbres et fruits, vers 1892, 31 x 33 cm) qui, elle, avait conservé son intégrité de toile d’études.

 

Voyages dHiver87

Charles Guilloux
Lever de lune, vieille route de Tréduder, 1898
Huile sur papier marouflé sur panneau, 32,5 x 43 cm
Don de Vincent Foucart en 2020
Le Havre, musée d’art moderne André Malraux
© MuMa Le Havre / Charles Maslard

 


Charles Guilloux (1866-1946)
Lever de lune, vieille route de Tréduder, 1898

Cette première œuvre de Charles Guilloux à entrer dans les collections du MuMa a été généreusement donnée par Vincent Foucart, à l’occasion de l’exposition
« Nuitsélectriques » (3 juillet– 1er novembre 2020).Ce nocturne campagnardavec son éclairage naturel répondait ainsi aux nocturnes urbains progressivement dotés d’éclairage artificiel présentés dans l’exposition.

Charles Guilloux est de ces peintres qui ont connu une telle traversée du désert qu’il n’est véritablement redécouvert qu’à la faveur de l’acquisition de deux de ses œuvres par le musée d’Orsay en 2007. On ne saurait alors s’étonner qu’il ne figure dans le Bénézit que depuis l’édition de 1999. Artiste autodidacte, Guilloux travaille comme employé de la bibliothèque nationale. Dès 1891, ses œuvres sont pourtant remarquées aux expositions de la Société des artistes indépendants grâce au critique Roger Marx. Guilloux est rapidement associé aux symbolistes avec lesquels il participe, à partir de 1892 à la galerie Le Barc de Boutteville, rue Le Peletier à Paris, à toutes les Expositions des Peintres Impressionnistes et Symbolistes. Cette galerie lui consacre même, à deux reprises (en 1896 et 1898), une exposition monographique. Il participe par ailleurs au Salon de la Société nationale des beaux-arts en 1905.
Tout au long de sa carrière, Guilloux se consacre exclusivement au paysage, cherchant à transcrire les émotions qui s’en dégagent. Il puise dans la nature  le thème de ses rêveries. La présence humaine y est rare. Il privilégie les heures du soir, crépuscule, ou lever de lune, propices aux effets de lumière. Ce paysage breton est construit autour de quelques éléments simples qui structurent sa composition: un chemin de terre, des coteaux plantés d’arbustes, une toiture flanquée de sa cheminée. La scène est baignée de la lumière dorée de l’astre lunaire.
Guilloux vient à plusieurs reprises à Tréduder. Le Clocher de Tréduder et Matin au Roscoat, du nom du manoir situé dans cette commune des Côtes d’Armor, constituaient déjà les numéros 70 et 71 de son exposition monographique de 1896 chez Le Barc de Boutteville. S’éloignant de la peinture sur le motif, Charles Guilloux tend à cultiver un paysage d’imagination, de décor et de rêve.

 

 

INFORMATIONS PRATIQUES

MuMa - Musée d’art moderne André Malraux
2, boulevard Clemenceau
76600 Le Havre
Tél. +33 (0) 2 35 19 62 72


Exposition Voyages d’hiver Jusqu’au 18 avril 2021
 

Jours et horaires de visites :
du mardi au vendredi de 11h00 à 18h00 /
le samedi et dimanche de 11h00 à 19h00
Tarifs : 7€ / 4€
Réservation obligatoire uniquement pour les visites commentées
sur www.muma-lehavre.fr
Un nombre maximum de visiteurs en salles sera respecté, le port du masque restera obligatoire tout comme l’utilisation du gel hydroalcoolique à l’entrée du musée afin de maintenir les gestes barrière.