Musée Soulages, Rodez
Hiroshi Sugimoto. Reprendre la mélodie
du 11 avril au 13 septembre 2026
Figure incontournable de la photographie contemporaine, l’artiste Japonais Hiroshi Sugimoto, né en 1948, présente, au musée Soulages, un ensemble de séries parmi les plus emblématiques de sa carrière.
Le musée Soulages à Rodez vous invite à découvrir l’univers fascinant d’Hiroshi Sugimoto, l’un des photographes les plus importants de notre époque.
Hiroshi Sugimoto, Lake superior, Eagle river, 2003, 119 x 149 cm,
tirage gélatino-argentique
Comme Pierre Soulages, Hiroshi Sugimoto explore avec passion la notion de temps. En 1963, Soulages confiait au philosophe Jean Grenier : « Le temps me paraît être une des préoccupations dont ma peinture témoigne ; c’est le temps qui me paraît être au centre de ma démarche de peintre, le temps et ses rapports avec l’espace ». Une réflexion que l’on retrouve également dans les photographies de Sugimoto. Lui aussi s’intéresse à la lumière et aux ombres, à la ligne d’horizon, à l’espace et au déploiement de l’œuvre, tout en cultivant un lien fort avec l’architecture.

Hiroshi Sugimoto, Optiks, 119.4 x 149.4 cm, tirage chromogénique
L’exposition présentera huit séries photographiques qui dialoguent avec les peintures de Soulages, offrant un panorama complet de la carrière du photographe japonais, des années 1970 à nos jours. Ce projet est le fruit d’une collaboration étroite entre Hiroshi Sugimoto, son atelier new-yorkais et le musée Soulages. Ne manquez pas cette occasion unique de découvrir deux artistes exceptionnels et leur exploration commune du temps, de la lumière et de l’espace !
Hiroshi Sugimoto, un artiste japonais, crée des photographies qui explorent les limites de la représentation et l’imaginaire pictural. Son travail, nourri d’histoire de l’art, d’une réflexion sur l’image, d’une technique sophistiquée et d’un soin apporté aux supports, trouve des échos aussi bien dans la peinture lettrée japonaise traditionnelle que dans les tendances abstraites de la seconde moitié du XXe siècle.
Né à Tokyo en 1948, Sugimoto a étudié à la Saint Paul’s University de Tokyo, où il a obtenu son diplôme en 1970, puis au Center College of Design de Los Angeles, dont il est diplômé en 1974. La même année, il s’installe à New York, où il vit et travaille depuis, tout en maintenant un lien fort avec le Japon. En 2009, il y a même fondé la Odawara Art Foundation, dédiée à la culture et aux arts japonais.
Parmi ses séries les plus célèbres, on retrouve celle des Theaters, commencée en 1978 et poursuivie dans les années 2010 avec les Opera Houses, photographiées en Italie. Pendant quarante ans, Sugimoto a capturé des vues de salles de cinéma du monde entier en utilisant une technique unique : il ouvre le diaphragme de son appareil photo grand format au début du film et le referme à la fin, capturant ainsi toute la séance. Le résultat ? Un écran vide, mais incroyablement lumineux, que l’artiste décrit comme une représentation de la lumière elle-même.
Imaginez un écran blanc, baigné d’une lumière vive, qui semble capturer et retenir les images du passé. Ce contraste saisissant avec l’architecture chargée d’histoire des lieux qui les abritent crée une atmosphère unique. James Attlee compare la lumière des Théâtres de Sugimoto, à la fois pleine et vide, à l’état de Satori, cet éveil spirituel si cher à la pensée bouddhiste.
Hiroshi Sugimoto lui-même décrit cette expérience : « Je me rendis compte que j’avais sous les yeux, extériorisée sur le négatif, mon exacte vision intérieure. Cette image n’existait pas dans la réalité, je ne l’avais pas vue non plus de mes yeux. Qui, alors, l’avait vue ? Je crois que c’était l’appareil photo lui-même. » Une belle réflexion sur le lien entre l’image, la mémoire et la technologie, n’est-ce pas ?
Sugimoto explore également ce rapport à l’image en réinterprétant des œuvres ancestrales. Prenons par exemple les « Paravents de la forêt de pins » d’Hasegawa Tohaku, une pinède mystérieuse enveloppée de brume, peinte à l’encre de Chine vers 1590. Ces paravents sont de véritables trésors de la peinture lettrée japonaise. En 2001, Sugimoto s’en inspire pour créer « Pine Trees », une série de douze photographies assemblées en deux grands panneaux horizontaux. Le spectateur est alors plongé dans une forêt silencieuse, presque hypnotique. Comme le souligne Sugimoto, cette réinterprétation d’une œuvre existante par un autre artiste est une tradition japonaise, appelée honka-dori, qui signifie « reprendre la mélodie ». Une belle façon de perpétuer l’héritage artistique tout en y apportant sa propre vision, non ?
Au Japon, le palais impérial, véritable chef-d’œuvre de beauté artificielle, m’a offert l’image de pin que j’espérais tant. Après avoir observé avec attention chaque pin, se courbant avec grâce dans toutes les directions, j’ai imaginé cette paire de paravents à six panneaux. Voici donc une peinture réalisée à travers des photographies, même si le lieu photographié n’existe pas réellement. C’est un lieu imaginaire, une vision idéalisée, tout comme l’était l’original.


Hiroshi Sugimoto, Pine Trees, 2000. Tirages gelatino-argentiques, 12 panneaux, 149,2 × 119,4 cm chacun
L’imaginaire pictural est omniprésent dans les photographies de Sugimoto. Une autre série importante de sa carrière, les Seascape, dont une sélection sera présentée, avait été exposée en 2012 à la Pace Gallery, en dialogue avec des toiles tardives de Mark Rothko. Ces marines, prises aux quatre coins du monde, frôlent parfois l’abstraction grâce à un temps d’exposition très long. Le paysage se transforme alors en une simple ligne d’horizon, une frontière délicate entre la mer et le ciel.
Depuis des décennies, je crée des paysages marins. Plutôt que de capturer le monde en photos, j’aime à croire que je projette mes paysages intérieurs sur la toile du monde : des ciels qui se transforment en rectangles lumineux, de l’eau qui se fond en rectangles sombres et fluides. En découvrant les tableaux de Mark Rothko, j’ai aperçu la marque d’un horizon sombre, coupant. C’est à ce moment-là que j’ai réalisé que les tableaux sont plus véridiques que les photographies, et que les photographies sont plus illusoires que les tableaux.
En 2018, Hiroshi Sugimoto nous a offert une expérience visuelle fascinante avec sa série Optiks, une exploration captivante de la couleur et de ses origines lumineuses. Il a décrit sa méthode avec passion, qui repose sur l’observation attentive du paysage. Depuis quinze ans, il recrée l’expérience du prisme de Newton. Chaque année, à l’approche de l’hiver, le lever du soleil se rapproche de plus en plus de la face avant du prisme. La lumière, traversant l’air froid, est réfractée et aspirée dans une chambre d’observation sombre, où elle est projetée sur un mur de plâtre blanc. Le résultat ? Des dégradés de couleurs d’une profondeur incroyable. Sugimoto a l’impression de voir des particules de lumière, chacune d’une couleur légèrement différente de la suivante. Du rouge au jaune, du jaune au vert, puis du vert au bleu : les couleurs projetées sont infinies et changent constamment. Il est submergé par cette explosion de couleurs, surtout lorsqu’elles s’estompent et se fondent dans l’obscurité, créant un mystère absolu. Il a alors eu l’idée de capturer ces fines particules de couleur dans le cadre carré d’une photographie Polaroid. Après des années d’expérimentation, il a réussi à créer une surface colorée suffisamment vaste pour se fondre dans la couleur elle-même. Avec la lumière comme pigment, Sugimoto pense avoir inventé un nouveau type de peinture. Ces œuvres, d’une intensité remarquable, rappellent les couchers de soleil aux effets atmosphériques saisissants. L’exposition mettra également en lumière une série récente du photographe japonais Hiroshi Sugimoto, qui trouve un écho intéressant dans la peinture des années 1970 de Soulages. Tous deux partagent une passion pour l’art calligraphique. La série Brush Impression de Sugimoto est créée à partir de papiers photographiques usagés. Dans la chambre noire, il trempe son pinceau dans le révélateur et dessine à tâtons des idéogrammes dans l’obscurité. Après une brève exposition à la lumière, les zones touchées par le pinceau révèlent des caractères japonais en noir sur la surface.

© Hiroshi Sugimoto
L’exposition, d’une grande diversité, se déroulera comme une promenade méditative et contemplative dans la salle d’exposition temporaire, dont la scénographie a été conçue par l’artiste lui-même. Elle se poursuivra également ponctuellement dans les espaces dédiés aux collections permanentes.
Hiroshi Sugimoto, artiste de renommée internationale, a déjà eu l’occasion d’exposer son travail en France à plusieurs reprises, mais chaque fois dans des formats différents. En 2024, l’Institut Giacometti à Paris lui a consacré une exposition fascinante, mettant en dialogue son œuvre avec celle du célèbre sculpteur autour d’une série unique, Past Presence. Avant cela, on avait pu admirer son travail au Château de Versailles en 2018 et au Palais de Tokyo en 2014.
À l’international, la carrière de Hiroshi Sugimoto est encore plus impressionnante. En 2023, une grande rétrospective lui a été dédiée à Pékin, Londres et Sydney. En 2018, le Tel Aviv Museum of Art et les Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique ont accueilli ses œuvres. Il a également été exposé au The Philips Collection à Washington en 2015, au Getty Center de Los Angeles en 2014, à la Scottish National Gallery of Modern Art à Édimbourg en 2011, et au Fine Arts Museum of San Francisco en 2007.
Hiroshi Sugimoto est représenté par la prestigieuse Lisson Gallery.
Pour découvrir son œuvre en France, rendez-vous au Musée Soulages à Rodez.
MUSEE SOULAGES, RODEZ
Jardin du Foirail
Avenue Victor Hugo
12000 RODEZ
www.musee-soulages-rodez.fr
© Musée Soulages I Rodez