BARTHOLDI, CHAMPOLLION ET LE SPHINX
Monuments publics en débat
Exposition du 11 avril au 19 juillet 2026
Au printemps 2026, le musée Camille Claudel accueillera une œuvre majeure : le Monument à Jean-François Champollion d’Auguste Bartholdi. Conservé jusqu’alors dans la cour d’honneur du Collège de France à Paris, ce monument rejoindra les collections du musée. L’occasion pour une exposition riche et passionnante qui retracera l’histoire de cette statue, explorera les liens de Bartholdi avec l’Égypte, et abordera plus largement la fascination pour les monuments publics au tournant du XXe siècle, dont certains suscitent encore aujourd’hui la controverse.
Un chef-d’œuvre de Bartholdi entre au musée Camille Claudel
Acquis par l’État et installé depuis 1878 dans la cour d’honneur du Collège de France, le Monument à Jean-François Champollion est l’une des créations les plus singulières d’Auguste Bartholdi (1834-1904), sculpteur de renommée mondiale, notamment connu pour avoir conçu La Liberté éclairant le monde, offerte par la France aux États-Unis. Réalisé en marbre, ce monument ne peut plus être exposé en plein air pour des raisons de conservation. Le Centre national des arts plastiques, qui en assure la gestion pour le compte de l’État, a donc décidé de le mettre à l’abri. Le Collège de France le remplacera par une épreuve en résine adaptée à l’extérieur.
Grâce à la richesse de ses collections, principalement composées de sculptures françaises de la IIIe République et de nombreux monuments publics, le musée Camille Claudel a été choisi pour accueillir l’œuvre originale. Elle rejoindra la salle dédiée à la sculpture dans l’espace public et dialoguera avec les nombreuses œuvres d’artistes de la même génération exposées au musée de Nogent-sur-Seine, dont Camille Claudel et Auguste Rodin.
Auguste Bartholdi, Jean-François Champollion 1875
Champollion, l’Égypte et l’invention d’un héros moderne
Jean-François Champollion (1790–1832), linguiste et égyptologue, est célèbre pour avoir déchiffré les hiéroglyphes à partir de la pierre de Rosette, ce qui fait de lui le père de l’égyptologie moderne. En concevant un monument à sa mémoire, Bartholdi ne célèbre pas seulement un savant, mais crée une figure héroïque, symbole de la conquête du savoir et de la fascination pour l’Orient. L’exposition explore ainsi comment Champollion devient, à travers la sculpture, un héros moderne au cœur des imaginaires du XIXe siècle.
Né à Colmar, Auguste Bartholdi est profondément marqué par ses voyages, et par l’Égypte en particulier. C’est lors d’un voyage en Égypte entrepris alors qu’il est encore jeune homme qu’il a l’idée d’ériger un monument à Champollion.
En 1866, il convainc le maire de Figeac, ville natale du savant, de lancer le projet ; malgré l’échec initial, l’idée persiste.
Champollion, figure emblématique du déchiffrement des hiéroglyphes, est célébré par un monument inauguré au Collège de France en 1878. Représenté en costume bourgeois, drapé d’un burnous, et posant le pied sur une tête de sphinx, il évoque un moderne Œdipe ayant résolu l’énigme. Cette métaphore, claire pour les contemporains du sculpteur, est aujourd’hui largement oubliée. À la lumière des révisions critiques de l’histoire coloniale, d’autres images prennent le pas, comme celle de David triomphant de Goliath, ou d’un savoir occidental dominant une civilisation symbolisée par le sphinx.
Le Monument à Champollion illustre ainsi comment la perception d’une œuvre évolue avec les codes iconographiques et les sensibilités politiques. Il devient alors le reflet de débats dépassant les intentions initiales de son créateur.
Salle 3 du musée Camille Claudel, dédiée à la sculpture publique. © Marco Illuminati
Un parcours d’exposition invite à la réflexion sur ces multiples interprétations.
L’exposition, articulée en deux volets, s’ouvre sur le Monument à Champollion et les liens de Bartholdi avec l’Égypte. Grâce au soutien du musée Bartholdi de Colmar, elle présente dessins préparatoires, maquettes, archives et œuvres témoignant de l’attrait de l’artiste pour l’Égypte et l’Orient, ainsi que du contexte de la commande et des enjeux esthétiques, politiques et symboliques de l’œuvre. Ce parcours retrace la genèse du monument, son installation au Collège de France et l’évolution de sa réception, illustrant comment une œuvre née dans un contexte historique précis peut susciter, au fil du temps, de nouvelles interprétations et controverses.
Le second volet, intégré au parcours permanent du musée, évoque notamment deux occasions manquées pour Camille Claudel de s’illustrer dans le domaine du monument public : le Buste de la République, commandé par sa ville natale Fère-en-Tardenois au début de sa carrière, et le Monument à Blanqui, qu’elle refuse alors qu’elle est confrontée à la maladie et qui est finalement confié à Aristide Maillol. Les collections du musée Camille Claudel dialoguent avec des prêts extérieurs pour explorer la « statuophilie », cette passion pour les statues et monuments publics qui caractérise la France de la IIIe République.
L’exposition explore les processus de commande, les étapes de création, la réception des œuvres et les débats contemporains. En confrontant œuvres, archives, photographies et textes, elle met en lumière la nature dynamique des monuments publics, au cœur de tensions entre mémoire, fierté, identité, oubli et contestation. L’exposition invite à s’interroger sur notre regard actuel face aux monuments qui façonnent nos espaces publics.
INFOS PRATIQUES
Musée Camille Claudel
10 rue Gustave Flaubert
10400 Nogent-sur-Seine
museecamilleclaudel.fr
Tél. 03 25 24 76 34
Plein tarif : 10 € en période d’exposition
Tarif réduit : 6 € en période d’exposition
Horaires d’été : du 1er avril au 31 octobre
Du mardi au dimanche, de 10h à 18h
Fermé le lundi