Roger Edgar Gillet : La grande dérision, une rétrospective incontournable au musée Estrine
Le musée Estrine, en collaboration avec le musée des Beaux-Arts de Rennes, présente une exposition majeure consacrée à Roger Edgar Gillet, figure emblématique de la peinture française du second XXe siècle, pourtant méconnue du grand public. Intitulée « La grande dérision », cette rétrospective, la première d’envergure depuis le décès de l’artiste en 2004, se tiendra du 14 février au 7 juin 2026.

L'huissier, 1977 Huile sur toile, 73 x 50 cm Saint-Rémy-de-Provence, musée Estrine Inv. ME.2005.10
© Musée Estrine, cliché Fabrice Lepeltier © Adagp, Paris 2025
Né à Paris en 1924 et décédé à Saint-Suliac en 2004, Roger Edgar Gillet a marqué l’art français par son parcours atypique et sa quête constante d’innovation. Formé à l’école Boulle puis à l’école nationale des arts décoratifs, il devient professeur de dessin à l’académie Julian, transmettant ainsi son amour du savoir-faire pictural et sa maîtrise du métier. Dans le Paris d’après-guerre, Gillet s’inscrit dans le mouvement de l’abstraction informelle ou lyrique, défendu par des critiques comme Michel Tapié et Charles Estienne. Il expose aux côtés de Mathieu et sa première exposition personnelle a lieu à la galerie Craven en 1953. C’est à cette époque qu’il développe sa technique unique, mêlant sable et colle de peau pour obtenir des textures singulières. Qu’il peigne au couteau, en surfaces épaisses ou qu’il compose des tableaux complexes, Gillet expérimente sans relâche, jouant des effets expressifs de la peinture.

Le Harem (Signal), 1969 Huile sur toile, 200 x 300 cm Collection particulière
© Hugard & Vanoverschelde © Adagp, Paris 2025
Vers 1958, la peinture de Gillet commence à révéler, presque malgré lui, des visages et des regards. Au début des années 1960, il opère un retour à la figuration, animé par le besoin d’affirmer la force du regard humain. Ce choix audacieux, à contre-courant de l’époque, suscite d’abord l’incrédulité des galeristes et des critiques. Gillet dépeint alors une humanité décharnée et loufoque, à peine extraite du magma pictural. Il saisit avec acuité le théâtre de la vie : foules faméliques, juges et huissiers, parades carnavalesques. Sa peinture explore les genres traditionnels (portrait, peinture d’histoire, paysage urbain) mais chaque sujet est revisité avec un humour féroce, offrant ainsi une vision singulière de l’histoire du XXe siècle. Sa profonde connaissance de l’histoire de l’art lui permet de s’approprier les œuvres des maîtres qu’il admire : Rembrandt, Zurbaran, Goya, Manet, Ensor… Véritable peintre iconophage, Gillet puise son inspiration aussi bien dans les musées que dans les images télévisées, créant ainsi un dialogue entre l’universel et les actualités du monde contemporain (guerres, surpopulation, famines…). Malgré la grande dérision qui imprègne son œuvre, Gillet reste profondément humaniste.

Sans titre, 1993 Huile sur toile, 187 x 233 cm Saint-Rémy-de-Provence, musée Estrine Inv. ME.2019.02 © Musée Estrine, cliché Fabrice Lepeltier © Adagp, Paris 2025
À partir de 1982, le littoral breton inspire à Gillet une série de tempêtes, où il trouve un équilibre entre abstraction et figuration, déployant toute sa virtuosité picturale. En 1996, il revient à la primauté de la figure humaine avec une série de têtes d’une force d’expression saisissante. Récalcitrant à toute classification, Gillet déclarait : « l’important, c’est de perturber le regard ».

Les Fusillés, 1982 Huile sur toile, 130 x 198 cm Saint-Rémy-de-Provence, musée Estrine Inv. ME.2014.03
© Musée Estrine, cliché Fabrice Lepeltier © Adagp, Paris 2025
L’exposition « La grande dérision » se poursuivra au musée des Beaux-Arts de Rennes du 27 juin au 20 septembre 2026.
Informations pratiques :
Musée Estrine
Place Philippe Latourelle
13210 Saint-Rémy-de-Provence
Tél. 04 90 92 34 72
contact@musee-estrine.fr
www.musee-estrine.fr
Horaires d’ouverture :
Tous les jours sauf le lundi
Février, mars, novembre, décembre : 14h–17h30
Avril, mai, juin, octobre : 10h–13h et 14h–18h
Juillet à septembre : 10h-18h
LE MUSÉE ESTRINE
Le Musée Estrine (2007) est entièrement consacré à la peinture moderne et contemporaine dans la filiation des deux grands maîtres qui ont marqué la vie saint-rémoise, Vincent van Gogh et Albert Gleizes. Pensé comme une maison de peintres, celle que Van Gogh rêvait dans son grand atelier du Midi, le Musée Estrine s’est toujours engagé auprès de la peinture même quand celle-ci était laissée pour compte.
La collection du musée est construite autour de deux sources :
De par sa situation et son héritage, le musée s’intéresse aux liens qui unissent Provence et Peinture mettant en avant les artistes liés à ce territoire et à ses paysages (Bioulès, Drouillet, Marchand, Pignon, Prassinos…).

© Musée Estrine
La figuration joue un rôle prépondérant dans les collections, d’abord autour des salons de la jeune peinture (Buffet, Rebeyrolle, De Gallard), puis avec ceux de la figuration narrative (Arroyo, Chambas, Fanti, Velickovic) jusqu’à la jeune scène actuelle de Mireille Blanc et Mathieu Cherkit. Les générations précédentes avec Eugène Leroy, Roger Edgar Gillet ou aujourd’hui Denis Laget et Nina Childress sont toutes aussi structurantes de cette histoire de la peinture que le musée raconte et défend.
Enfin, la redécouverte de la figure de Juliette Roche, femme d’Albert Gleizes, et pilier de la collection a encouragé le musée à donner une place centrale aux artistes femmes. La récente et unique rétrospective de Françoise Gilot en France pour ses 100 ans en 2021, déjà co-commissarié par Annie Maïllis, en est un exemple caractéristique. C’est sous leur impulsion à toutes deux que le Musée accueille aujourd’hui « Des femmes dans l’arène de Picasso ». Le maître entre donc après sa muse dans le musée : tout un symbole.

© Musée Estrine